COMMUNE DE VERNAYAZ – VALAIS – SUISSE  
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Le site des Gorges du Trient
par Stéphane Storelli

Les Gorges du Trient vers 1900Les Gorges du Trient en 1890Il y a 40 000 ans, les glaciers ont raboté nos vallées pour leur donner un profil en «U», avec des parois très escarpées et un fond plat. Les glaciers commencèrent leur lent retrait et le cours d'eau qui, depuis, évacue les eaux de fonte y creuse une entaille en forme de V. Ici, le Trient a scié la cuvette glacière de la vallée.

Les Gorges du Trient extasièrent les romantiques du XIXe siècle. L'écriture en est trempée de ces impressions de terreur et d'admiration inoubliables. Au fond de cette sombre déchirure de quelques centaines de mètres bouillonne le Trient, torrent glaciaire prenant naissance au glacier du même nom et dont les principaux affluents sont l'Eau-Noire, grossie de l'Eau de Bérard du Buet et de la Barberine, et le Triège. Dans l'excavation des Gorges nommée l'Eglise, un coup de pistolet retentit comme un coup de tonnerre.

Dans la seconde moitié du XVllle siècle, les bûcherons qui œuvraient plus haut dans la vallée y faisaient flotter le bois destiné à alimenter les fours d'une fabrique de verre installée à la sortie des gorges, sur la rive droite du cours d'eau. Aujourd'hui, un petit hameau nous rappelle par son nom l'existence de la Verrerie. Les eaux, d'apparences calmes, qui grignotent inlassablement la roche sous ces passerelles, se sont réveillées plus d'une fois en sursaut et les furies du Trient firent entrer tout d'une pièce son pont jusqu'au fond du hall de l'ancienne verrerie.

 

La cascade de Pissevache

La Pissevache et la passerelleAvant que l'homme n'intervienne, la cascade de Salanfe, pure fille des glaciers qu'un égrillard surnomma Pissevache, déroulait inlassablement ses longues nattes d'argent du haut des rochers. Sa fougue était telle que les poussières d'eau décrits par Ramuz se déposaient sur les mains et les visages des nombreux touristes avant qu'ils ne soient arrivés à sa hauteur.

Goethe, Jean-Jacques Rousseau, Madame de Staël, Emile Javelle et bien d'autres louèrent sa beauté : "Tout resplendit et scintille ! Comme le cygne qui chante à sa dernière heure, comme la flamme qui se ravive au moment de s'éteindre (…)".

D'autres la dédaignèrent: "(…) la cascade est nue, mal encadrée entre toutes les cascades, sans compter son nom ignoble (…) et les harpies du lieu y accourent avec leurs pommes mal mûres et leurs cristaux équivoques… Nous rencontrons quelques naturels, très bonnes gens, tous un peu crétins"…

En 1866, une passerelle accrochée audacieusement à mi-hauteur de la chute invitait même les touristes (pour 1 franc) à passer sous celle-ci.

Et l'homme commença à dompter le fond de la cascade en y captant l'eau pour actionner une tannerie puis une usine de crosses à fusils.

A la fin du siècle passé fut construite au sommet de la cascade, là où les eaux se préparent au grand saut, l'une des plus anciennes usines électriques encore en état de fonctionner aujourd'hui. Malgré une vive polémique, le barrage de Salanfe emprisonna les eaux dès 1952 et ne laisse échapper aujourd'hui qu'un filet timide.

Le buffet de la Pissevache